Le Châtiment d’Atlas

Les autresNouvelle issue du recueil Les Autres.

Châtié par Zeus, Atlas, vaincu, portait la Terre. Mais Zeus ne s’intéressait plus à lui depuis bien longtemps. Il n’était même pas certain que Zeus continuât d’exister. Dès lors, Atlas pourrait bien cesser d’exécuter sa peine tant elle le fatiguait.
Mais il fallut du temps pour que les différents éléments du raisonnement s’assemble dans les replis brumeux de ce qui servait de cervelle au titan. Enfin, un matin, Atlas se gratta le front et vit qu’il pouvait lâcher la Terre. Le geste dût stimuler l’afflux d’énergie dans les titanesques arcanes cérébrales. En lire plus Le Châtiment d’Atlas

Immonstrable (Unfreakable)

Les autresNouvelle issue du recueil Les Autres.

Le soleil allait bientôt se coucher. Jean détacha son cheval de la charrue. Au bout de son champ, il rangea le matériel dans la remise et installa son cheval dans la petite grange, avec une bonne dose de foin. Toute la surface cultivée avait été retournée. Demain, il faudrait planter le blé pour la prochaine récolte.
Il décida de revenir directement au village, en empruntant le chemin de terre. Inutile de faire un détour par la route pavée. Il restait assez de lumière pour passer à côté de la demeure maudite.
De mémoire d’homme, il ne s’était jamais rien passé de gênant à proximité de cette vieille maison, une sorte de petit château bourgeois dont la présence pouvait paraître incongrue au milieu de la campagne. Elle se dressait au milieu d’une cour couverte de gravillons. La cour était encerclée d’un talus surmonté d’arbres, des peupliers pour l’essentiel. Autour du talus, un ancien propriétaire avait planté un petit bois redevenu sauvage avec les siècles. Au delà du bois, il n’y avait que des champs à perte de vue, à peine entrecoupées de chemins, de routes et de haies. En lire plus Immonstrable (Unfreakable)

Kawaliens

Les autresNouvelle issue du recueil Les Autres.

La situation du vaisseau devenait dramatique. Le système de communication lui-même était mort. Plus personne ne savait où l’engin allait s’échouer. La probabilité de s’écraser sur un astéroïde ou une planète était très élevée, presque autant que d’autres probabilités : pénétrer dans une étoile, se perdre à jamais dans le noir infini de l’espace en quittant le plan galactique, exploser…
Personne ne pourrait savoir où le vaisseau finirait. Personne ne pourrait le retrouver. Personne ne pourrait secourir ses passagers. En lire plus Kawaliens

Woody Alien

Les autresNouvelle issue du recueil Les Autres.

« Je ne comprends pas vraiment le rejet dont je fais l’objet alors que je fais tout pour m’intégrer. »
Le docteur Simon Friend n’était pas à l’aise. Il comprenait bien pourquoi le patient allongé dans son divan provoquait une telle réaction de rejet. Il le comprenait d’autant mieux qu’il ressentait une profonde répulsion pour cet individu. Ce n’était pas déontologique. Il devait se raisonner. Un patient est un patient.
Comment l’aider ? Lui dire la vérité ? Cela pouvait être autant salutaire que destructeur. Avec douceur, peut-être… En lire plus Woody Alien

Le retour tant attendu de Bill Posters : « Is that your way ? »

Les pionniers d'outre-lumièreVous ne pouvez pas avoir oublié Bill Posters. Ce champion de surf devenu chanteur de pop au succès interplanétaire vous avait été présenté dans Les Pionniers d’Outre-Lumière, dont la lecture vous est recommandée si ce n’est pas déjà fait.

Il était inconcevable, impossible et même absurde que cette star universelle ne revienne pas. Ce sera donc bientôt le cas. Mais d’ici là, voici son nouveau succès (chronologiquement, et même si je ne vous en parle que maintenant, ce sera même son succès d’avant Like a dead kangaroo on the road shoulder). Cette chanson est due à un auteur-compositeur que vous apprendrez un jour à apprécier à la hauteur de son talent : Tim Crew. Je vous le présenterai bientôt.

En attendant voici le futur slow de l’été, gai, chic et entraînant.

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L’archange fou

Nous sommes des dieuxNouvelle issue du recueil Nous sommes des dieux.

L’épée trancha la tête sans être ralentie tant la force qui l’animait était grande. Son porteur poussa un cri de triomphe tandis que sa victime se vidait de son sang, déjà morte. L’humain n’avait eu aucune chance. Il était seul dans la lande glacée quand il avait rencontré ce qu’il cherchait. Il était le dernier de sa troupe. Les autres avaient été exterminés les uns après les autres.
Il aurait dû rebrousser chemin. Cette expédition était stupide. Il n’aurait pas dû même la tenter. Revenir vivant aurait constitué un miracle. Surtout en cas de succès. Et l’expédition avait découvert ceux qu’elle cherchait.
Le néphilim abattît sa lourde patte velue sur l’épée de son adversaire. Il s’en saisit par la lame sans précaution et il la jeta dans sa besace. Puis il prit la tête tranchée, tressa un lien avec les longs cheveux et l’accrocha à sa ceinture, à côté des cinq autres. En lire plus L’archange fou

La tombe

Nous sommes des dieuxNouvelle issue du recueil Nous sommes des dieux.

La dernière pierre venait d’être posée. On la glissait de force dans son emplacement. On entendait le mortier excédentaire tomber sous forme de grosses gouttes le long du mur. Il n’y avait plus de lumière, plus la moindre.
Il était impossible, désormais, d’admirer le sarcophage doré à l’or fin qui brillait, quelques heures plus tôt, de mille feux sous le soleil de la vallée. Il contenait d’autres sarcophages, empilés les uns dans les autres. Au centre de toutes ces protections demeurait un corps embaumé. Celui qui, seul, gardait de l’importance ici. L’être qui avait usé de ce corps continuait d’exister pour l’éternité. Il avait besoin pour l’aider dans son voyage des multiples objets disposés autour de lui. Il avait aussi besoin de ses collaborateurs les plus proches et de leur amour, de leur dévotion. En lire plus La tombe

La fin du monde est remise

Nous sommes des dieuxNouvelle issue du recueil Nous sommes des dieux.

Lucifer portait toujours une torche allumée pour visiter son domaine. Son nom, du moins l’un de ses noms, ne signifiait-il pas, en effet, « porteur de lumière » ? Il préférait celui-là à Belzébuth, le seigneur des mouches. Devoir régulièrement utiliser sa queue pour chasser ces compagnes énervantes l’insupportait. Quant à Satan, il lui rappelait trop les cultes satanistes que quelques médiocres imbéciles lui rendaient. Son Ignominie, Seigneur des Tréfonds, vomissait ces crétins qui ne comprenaient rien. Il était malade à l’idée même d’avoir un jour à les dévorer dans son domaine infernal.

D’une manière générale, Lucifer aimait malgré tout  l’imagination de ceux qui cherchaient à le nommer sans donner un « vrai nom » qui n’était pas plus vrai que les autres. Comme un sémiologue italien l’avait remarqué, il n’est pas nécessaire de connaître le nom de la rose pour savoir qu’elle est une rose. C’était autant vrai pour Lucifer-Satan-Belzébuth-Etc. Que pour les roses, même si le Diable ne sentait pas vraiment la rose.
Bref, Lucifer portait donc une torche allumée et visitait son domaine de fonds en combles. Là encore, il s’agit d’une expression peu appropriée car l’Enfer est, par définition, en totalité dans les Tréfonds, même si ce terme est assez peu géographique. En lire plus La fin du monde est remise

Sans issue

Carcer et autres libérationsCette nouvelle complète le recueil « Carcer et autres libérations » dont le thème général est l’enfermement.

Un destin ordinaire

Carole 751312-1 marchait en rond avec une profonde excitation entre les parois métalliques de sa cellule carrée. Trois mètres de côtés, c’est certes un peu moins de deux mètres de diamètre pour tourner, à cause de la console, du coin toilette et du lit. Mais c’est suffisant pour passer ses nerfs. Depuis qu’elle avait quitté sa mère, Carole 713589-1, et cessé d’être Carole 713589-2 pour obtenir sa propre cellule et donc un numéro se terminant par 1, elle savait que son destin la mènerait un jour ou l’autre à faire le nécessaire pour qu’elle accueille dans sa cellule des enfants dont les numéros seraient « -2 » puis « -3 ». Si l’un de ses enfants est une fille, celle-ci s’appellerait Carole comme sa mère, sinon ce serait Charles. Aucun mystère. Tout est prévu.
Elle avait reçu le matin même, sur sa console, le message qu’elle attendait depuis longtemps. Au point qu’elle avait désormais du mal à se concentrer sur son travail de pilotage de l’arrosage et du drainage dans des serres d’agriculture hydroponique. Il y avait eu plusieurs alertes. La Surveillance Générale avait donc opté pour la répartition exceptionnelle de ses tâches entre d’autres détenues dès le midi, sans attendre sa mise à disposition.
Elle jetait sans cesse des regards impatients à la porte d’acier, la seule issue de sa cellule, tout en tournant. La lumière centrale, au plafond, animait une ombre très agitée sur les parois. En lire plus Sans issue

La cave

Carcer et autres libérationsCette nouvelle complète le recueil « Carcer et autres libérations » dont le thème général est l’enfermement.

17 août 2007

Carole avait les mains dans les poches de son manteau. Elle attendait, le regard dans le vide, sur un quai de la gare. Le premier train de la journée pour la capitale était attendu avec quelques minutes de retard. Enfin, les haut-parleurs lancèrent l’annonce de l’entrée en gare de l’express.
Quant le train fut immobilisé, l’homme qui était à côté de Carole lui donna son billet pour la capitale, le plaçant dans une poche intérieure du manteau, et lui souffla simplement à l’oreille : « vas-y. Assieds toi à l’une des places que tu vois de libre, ici, dans ce wagon. »

Carole monta dans le train en utilisant la porte juste en face d’elle. Elle marcha sans vraiment regarder où elle allait. Elle s’assit sagement sur la première banquette, à gauche de la porte : les deux places étaient libres. Son regard n’allait nulle part, simplement vers un endroit du côté de la banquette devant elle. L’homme était resté sur le quai jusqu’à la fermeture des portes du train. Quand le dernier wagon eut quitté la gare, il sourit, retira ses gants et rejoignit sa camionnette stationnée à quelques dizaines de mètres de là puis il démarra.
Dans cette petite gare de province, peu de gens montaient ou descendaient du train mais cela ne justifiait pas que quiconque examine de trop près cette jeune femme qui s’était simplement installée dans un wagon ordinaire comme n’importe quel passager, ou bien son accompagnateur. En lire plus La cave