Le Salon du Livre de Paris (rebaptisé Livre Paris), certains y vont pour rencontrer des écrivains et obtenir des dédicaces. Pas moi. Moi, j’y vais pour sentir le marché, voir les nouveautés techniques, rencontrer de nouveaux prestataires potentiels, etc. Même si j’ai connu certains prestataires que j’utilise actuellement autrement, je les ai tous rencontrés sur une édition du Salon du Livre avant de vraiment leur faire confiance. Et j’en ai connus plusieurs là-bas.

L’édition 2017 a été inaugurée jeudi 23 mars 2017 par une soirée réservée aux professionnels et aux invités, public dont j’ai la joie de faire partie. Cette édition se clôturera lundi 27 au soir (lundi est réservé partiellement aux professionnels).

Commençons, si vous le voulez bien, par le plus ou moins banal. Les acteurs de l’impression à la demande ou d’accompagnement de l’auto-édition se multiplient. Je ne connaissais pas certains d’eux comme BoD (Books On Demand), Iggy Book et, surtout ILP. Ce dernier amène l’impression à la demande sur le continent africain alors que les envois de livres là-bas à partir de l’Europe ou des Etats-Unis est vite horriblement coûteux et long. ILP s’adresse plutôt aux éditeurs traditionnels pour l’instant. De même, Lightning Source fait de l’impression à la demande pour les éditeurs traditionnels, en premier lieu du groupe Hachette, pour les petites séries. Les classiques (The Book Edition, SoBook, etc.) sont bien sûr aussi présents mais avec des stands plutôt plus petits que d’habitude. Tous ces acteurs utilisent les mêmes technologies mais le service autour est très différent et certains persistent à demander un paiement initial à l’auteur alors que les leaders ne le font pas.

Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus intéressant est la start-up Orséry (stand en photo, cliquer pour agrandir). Celle-ci est appuyée par Ricoh, l’un des grands fabricants de presses numériques dans le monde et qui a senti le filon. Pour l’instant, Orséry travaille avec quelques libraires de test et quelques éditeurs qui ont accepté de se lancer. Libraires ? Oui, libraires. Orséry package un service où une presse Ricoh est installée chez un libraire. Et celui-ci peut imprimer sur place, à la demande, le contenu catalogue des éditeurs partenaires. Le système repose sur la transmission en temps réel du fichier à imprimer qui n’est pas stocké sur place. Il y a donc une autorisation d’impression par exemplaire payé. Le fichier peut être converti de façon homothétique. Donc, si vous êtes malvoyant, vous pouvez demander une impression grand format d’un livre conçu pour être en format poche. Avec une même maquette (les images seront bien sûr pixelisées dans ce cas, ce qui n’a pas d’importance pour du texte). Des versions à faible tirage peuvent ainsi être aisément diffusées, notamment pour des publics spécifiques (malvoyants, dyslexiques…). Le modèle économique est celui de tous les prestataires d’impression à la demande : le libraire touche sa commission nette (moins les frais de location ou d’achat de la machine), les ayants-droits aussi. Il n’y a aucun frais logistique, aucune commission de distributeur. La nouveauté est bien sûr que, avec des presses chez les libraires, le lecteur peut acheter et faire fabriquer immédiatement un ouvrage de qualité professionnelle (en moins d’une demi-heure) au lieu d’attendre 15 jours avec un prestataire classique en ligne. Et l’auteur (ou l’ayant-droit) bénéficie enfin d’un réseau de distribution physique qui soit compatible avec l’impression à la demande. Précisons que la presse est couleur et permet d’imprimer de la bande dessinée ou des livres photos (j’en ai examinés) pour un prix raisonnable.

Enfin, j’ai gardé le plus étonnant pour la fin : ACCI Entertainment. Cette start-up a constaté -comme moi- la bêtise et l’incurie des éditeurs traditionnels. Elle souhaitait, au départ faire son métier de prestataire multimédia et marketing mais se faire accompagner d’éditeurs pour ce qui relevait du métier de ces derniers. Devant le refus de ceux-ci, eh bien, ACCI Entertainment a décidé de tout faire. Mais son métier est de faire du livre augmenté. De quoi s’agit-il ? D’enrichir le livre avec des contenus multimédias riches et ayant du sens (musiques, films, jeux, etc.), contenus accessibles au fil des ouvrages avec des QR Codes imprimés au fil des livres. Le produit est testé avec la saga Incarnatis à laquelle est associée une série d’animations marketing : une chasse au trésor sur le modèle de la Chouette d’Or, une série d’énigmes qui aboutiront à gagner le droit de devenir l’un des héros du tome 3 de la saga (à sortir), etc.

Vous le voyez, le Salon du Livre est un endroit où tout est possible. L’avenir du Livre peut y être découvert. C’est tout de même plus intéressant que de faire dédicacer une romance de type Harlequin par un écrivaillon méprisant et orgueilleux. Ou de se focaliser sur des éditeurs traditionnels qui ressemblent à des fossiles.

Une réflexion au sujet de « Un Salon du Livre au delà du livre »

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