Le coronavirus Covid-19 provoque actuellement une certaine panique. Il y a des morts. Des mesures draconiennes sont prises pour tenter de limiter la contagion. De nombreux événements où la foule se serait massée sont annulés. C’est un bon moment pour se poser une question : un tel virus pourrait-il vraiment mettre en danger l’humanité ?

Il se trouve qu’au moment de rédiger Le survivant solitaire, je m’étais intéressé à la question. Il fallait en effet que mon roman, bien que d’anticipation, soit un peu crédible.

Rappelons rapidement le propos de mon roman, Le survivant solitaire. On suit tout d’abord les mésaventures d’un Néandertalien, dernier survivant de sa tribu, qui va finir congelé dans un lac de Sibérie. Puis, à notre époque, nous retrouvons un individu qui est le seul humain survivant (d’où le titre du roman) dans une ville moderne, après une épidémie qui a exterminé toute la population, à une exception près. Il est entendu que cette exception ne se veut pas unique mais est la seule dans le périmètre accessible au héros. L’origine de l’épidémie, c’est bien sûr le fameux Néandertalien qui s’est retrouvé décongelé.

Le massacre de l’humanité (ou sa conversion en monstres) par une maladie est un grand standard de l’anticipation ou de la science-fiction. C’est, bien sûr en lien, avec les peurs très anciennes, issues des épidémies comme la peste noire qui a ravagé l’Europe. En général, cependant, il y aura une dimension politique et l’épidémie sera une métaphore (de Rhinocéros, d’Eugène Ionesco, à Je suis une légende, de Richard Matheson). Au cinéma, on a eu droit à L’armée des douze singes comme à la saga Resident Evil. Parfois, le massacre est tout sauf un accident, par exemple dans Le parfum d’Adam, de Jean-Christophe Rufin.

Mais ces scénarios sont-ils crédibles ? Dans Le Parfum d’Adam, le massacre, voulu par des terroristes, est voulu limité. Dans la saga Resident Evil, la contamination initiale par un virus fabriqué est accidentelle. Dans l’Armée des douze singes, le virus est aussi probablement fabriqué. En fait, le massacre général est très très peu probable.

J’en explique les règles dans un « intermède » de mon roman Le Survivant Solitaire.

Comme n’importe quelle autre espèce animale ou végétale, l’espèce humaine a connu, au fil de son histoire, un grand nombre d’épidémies et de maladies diverses. Si l’espèce de l’homo sapiens a duré, c’est qu’elle a su résister à toutes les maladies et autres malheurs rencontrés. Et, lorsque l’on parle d’agent biologique pathogène (virus ou bactérie), il faut garder en mémoire que l’on parle d’être vivant. De la même façon que n’importe quel autre être vivant, les agents pathogènes sont soumis aux règles de l’évolution. Un agent pathogène, pour persister, doit donc être adapté à son environnement. Pour se reproduire et résister au temps, il doit aussi être capable de ne pas exterminer trop vite ses porteurs.

C’est là que le virus dont je parle dans Le Survivant Solitaire, a été particulièrement efficace. Mais, finalement, son efficacité a provoqué son extinction. Sa capacité à résister dans la toundra glacée durant des millénaires a été un élément essentiel dans sa survie et sa propagation mais ce n’était pas le seul.

Un certain nombre de maladies diverses ont disparu assez vite. En cause : leur mortalité trop rapide et trop élevée. Si le porteur meurt avant d’avoir contaminé une population suffisante, le germe disparaît avec lui. Sauf à parier sur le fait qu’un nouveau porteur potentiel se mette à se vautrer dans le cadavre du premier. Bien sûr, certains germes ont su ruser. Ainsi, la peste circule avec un cycle complexe passant au travers de plusieurs espèces, de la puce du rat à l’humain. Quand une espèce est disparue, il suffit de confier son destin à une espèce porteur sain et d’attendre.

Le facteur essentiel du succès de l’agent pathogène en cause dans Le Survivant Solitaire est son incubation. Un hominidé infecté ne développe aucun symptôme durant environ un mois. A l’issue de ce délai, le germe tue son hôte en quelques semaines, parfois quelques jours. Mais, durant cette période, il a eu largement le temps de se propager. Comme pour toute maladie infectieuse, il existe, pour diverses raisons, des individus résistants. Ces individus sont nécessaires à la survie de l’agent pathogène car ils deviennent des porteurs sains, donc des réservoirs d’une future épidémie.

Le Covid-19 a une incubation longue avec capacité à se propager durant cette période. C’est donc un bon candidat à une génération de panique. Mais il est très peu mortel. Et, surtout, il ne résiste pas à l’air libre. Donc, au final, c’est un très mauvais candidat pour exterminer l’humanité.

Par contre, il faut noter que la panique autour de ce virus a provoqué une baisse drastique de l’activité polluante humaine. Ce virus pourrait donc bien nous montrer comment changer nos modes de vie et ainsi… sauver l’humanité. Je vous renvoie à ce sujet à un billet précédent, Ce n’est pas encore la fin du monde.

D’ici la fin du monde, ma foi, vous pourrez toujours trouver quelques heures pour lire Le Survivant Solitaire afin d’apprendre deux ou trois choses utiles à connaître en cas d’épidémie mondiale.