Carcer et autres libérations

Plusieurs mots définiront sans doute assez bien l’année 2020 : épidémie, virus, panique… et confinement. Le fait d’être enfermé dans un lieu n’a, en soi, rien d’extraordinaire. Des gens peuvent se cacher, être incarcérés, etc. Mais une généralisation de cet enfermement est, par contre, une éventualité assez rarement abordée.

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Le roman « Le successeur de Pierre » de Jean-Michel Truong est pourtant assez étonnant à (re)lire en 2020. J’en ai eu une opinion mitigée à l’époque de ma lecture. Mais il faut admettre que l’argument défendu est propre à alimenter bien des thèses complotistes. La totalité (enfin, officiellement la totalité) de l’humanité est enfermée dans des cellules individuelles pour échapper à une pandémie. La vraie justification de la chose ne tient guère la route, surtout pour la relier à un écrit perdu du premier pape. Un tel confinement de toute la population pour cause d’épidémie a reçu cette année un écho intéressant.

Un enfermement de toute une population est aussi un thème que j’ai abordé dans l’une de mes nouvelles. Une première version de celle-ci date des années 1980 et j’en ai fait plusieurs ensuite. La version achevée est publiée dans « Carcer et autres libérations« , qui date de 2007, sous le titre « Sans issue« . L’héroïne appartient à un monde où toute la population est en prison, en cellules en général individuelles, et l’on ne découvre qu’à la fin pourquoi.

« Carcer et autres libérations » est, de fait, un recueil entièrement sur le thème de l’enfermement. Le récit principal se nomme Carcer (« prison » en latin) et raconte la création d’un jeu de téléréalité se déroulant dans une prison. On trouve dans ce recueil deux nouvelles qui ont ensuite été développées en romans : Une dernière semaine auprès de la mer et La cave, qui deviendra Le Violon. Dans Une dernière semaine auprès de la mer, l’enfermement est volontaire. Dans Le Violon, il aboutit à la confrontation entre un ravisseur et sa victime, affrontement dont les termes vont radicalement changer au cours de l’intrigue.

L’enfermement peut aussi être une nécessité au regard de l’environnement physique hostile, par exemple dans l’espace. Cette question sera centrale dans un autre de mes romans, le roman épistolaire de science-fiction Les lettres de l’espace. Dans celui-ci, des personnes jugées indésirables sur Terre, pour des raisons politiques ou simplement au titre de sanction pénale de droit commun, sont expédiées dans l’espace. Qu’il s’agisse d’une micro-capsule sur Mars ou bien en orbite autour de Jupiter ou de Saturne, l’individu concerné est totalement confiné et vouloir y échapper signe sa mort certaine.

Pour échapper à l’enfermement physique, peut-être la réalité virtuelle est-elle la solution. C’est d’ailleurs dans « Carcer et autres libérations » que j’ai créé l’univers virtuel Emenu, qui sera réutilisé dans « Apotheosis« . Mais c’est là une autre histoire.